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Je vous parlais récemment de la découverte d’un film poignant, d’une belle coïncidence sans laquelle j’aurai bien pu passer à côté ce film qui met en lumière de belles idées militantes pour un monde plus juste et plus humaniste.

C’est un film sur lequel je suis tombée en papillonnant sur le net, en jetant un coup d’œil à la tournure qu’a pris la carrière des acteurs du film Harry Potter. Si Tom Felton (l’acteur incarnant le rôle de Drago Malefoy dans la Saga Harry Potter) fait donc dans ce film des – brèves – apparitions, détrompez-vous, ce n’est pas ici que vous le verrez sous un nouveau jour, il adopte toujours à merveille le rôle du « méchant ».

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Bref, tout l’intérêt du film est cependant ailleurs !

Tout d’abord, ce film est d’autant plus intéressant qu’il est inspiré de faits réels. Il retrace la vie de Dido Elizabeth Belle (1761-1804), né de la rencontre d’une esclave noire et d’un amiral Anglais nommé John Lindsay. Alors que la mère décède rapidement, John Lindsay décide d’emmener la jeune enfant en Angleterreil demande à son oncle et sa tante de la prendre à leur charge. Ces derniers sont d’abord réticents à la vue de sa couleur de peau ne souhaitant pas que sa présence puisse avoir un impact sur la carrière de Lord Mansfield (l’oncle) qui est Président de la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles. Ils décideront finalement de s’en occuper et l’aimeront comme leur propre fille. Le couple n’aura d’ailleurs pas d’enfants mais aura à sa charge deux de leurs nièces : Dido Elizabeth Belle et Elizabeth Murray (après la mort des mères respectives des deux fillettes).

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Si l’esclavage est le cœur du sujet du film, les conditions de la femme à cette époque y sont aussi abordées. Les deux filles s’entendent à merveille et sont autant aimées l’une que l’autre par le couple Mansfield, mais des différents les opposent cependant : si tandis que Elisabeth est montrée au grand jour, Dido est exclu de la table familiale en présence d’invités ; Dido est riche et n’a pas à se soucier de trouver un mari pour subvenir à ses besoins – son père décède lors de sa 17ène année, lui laissant une rente de 2000 livres par an –, la belle-mère d’Elisabeth fait tout pour que le père de cette dernière laisse sa fille sans héritage. Alors, si Dido a le luxe de pouvoir choisir un mariage d’amour, Mme Mansfield amène Elisabeth à la rencontre de la bourgeoisie anglaise afin de lui trouver un riche prétendant.

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En venons maintenant au vif du sujet, ce par quoi le film m’a le plus touché. Tandis que les deux filles sont désormais devenues de jeunes femmes, un procès fait grand bruit à Londres. Un navire est de retour au pays chargé d’esclaves noirs à vendre. Cependant, pour des raisons dont le juge va tenter de déceler, l’équipage a préféré jeter les esclaves en mer et toucher l’argent versé par les assureurs. C’est l’oncle, Lord Mansfield (qui est comme nous le disions Président de la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles), qui sera chargé de cette affaire. Tandis que le bon équilibre du commerce est en jeu, de jeunes étudiants en droit aux idées humanistes cherchent à s’immiscer dans le procès et traiter le sujet bien plus en profondeur : sur la légitimité de l’esclavage.

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John Davinier, à la tête de ce mouvement étudiant, sera alors présent tout au long de la narration. Il en sera le porte-parole (notamment pour nous spectateurs) et ça fait du bien, avec toute la bêtise humaine qui nous entoure, d’entendre un homme si bien parler !

« Aucun homme ne peut avoir la valeur d’une marchandise. Les êtres humains ne peuvent être évalués puisque nous sommes inestimables. Hommes libres ou esclaves pareillement »

« Comment peut-on se prétendre civilisé quand on vit dans un monde si barbare ».

« Des droits vous n’en aurez pas tant que vous jugerez les hommes sur des critères de supériorité ou d’infériorité et que vous les regarderez pas comme vos semblables : des êtres qui raisonnent et éprouvent des sentiments comme vous ».

« La loi n’a-t-elle pas un devoir !? Les magistrats et le parlement n’ont-ils pas le devoir de faire respecter des lois et d’en créer pour faire progresser notre moralité et non la faire régresser !? Si ce n’est pour nous protéger des autres que de nous protéger de nous-même. Des lois qui nous autorisent à rabaisser l’humanité d’une personne ne sont pas des lois, elles forment un cadre pour le crime. […] un pays dont les lois ne sanctionnent ni contrôlent la barbarie parmi ses citoyens, est un pays qui n’a plus d’espoir ».

 

Ce procès sera l’élément déclencheur d’un cheminement pour l’abolition de l’esclavage
en Angleterre
.

 

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Le film souligne également bien le fait qu’on a vraiment besoin de personnes comme celles-ci, le fait que sans elles, tout ce qu’on nous inculque, tout ce qui fait tellement partie de notre environnement… on finit par y croire vraiment. Dido, à la fois élevée dans l‘aristocratie anglaise et fille d’esclave / protégée et aimée par sa famille mais mise de côté en présence d’invités, se sent au début perdue, ne sachant plus où est sa place, qui elle est vraiment, ni ce qu’elle doit faire… . La rencontre de John Davinier sera pour elle libératrice, la révélant comme une femme forte et fière de ses origines.

« Vous considérez mes origines comme une infortune […] Ma plus grande infortune serait d’épouser un homme d’une famille qui me considèrerait comme un déshonneur. Comme on m’a demandé de considérer ma mère – le crime qu’on lui reprochait est d’être nègre et le mien est d’en être la preuve -, et puisque je la renierai pas plus que je me renierai moi-même, vous me pardonnerez de vouloir un époux qui considérerait le pardon de mes origines à la fois comme inutile et comme un outrage. »

 

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Pour rien enlever à cette trame saisissante,
les acteurs sont tous très bons et la photographie est aussi très belleon est plongé dans l’Angleterre bourgeoise
avec ses costumes
, ses demeures somptueuses, ses beaux jardins, ses fêtes

Crédit photos : © Twentieth Century Fox France

 

bobinefilm

 

Ce film restera décidément l’un de mes préférés… puisque j’aime les belles pensées et que je veux croire malgré tout en l’humain !